10 Décembre 2012
« On m'a éduquée dans l'idée qu'il faut sauver quelqu'un qui se noie, même si on ne sait pas nager». Figure de la résistance polonaise, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs de Varsovie au risque de sa vie en les faisant sortir du ghetto instauré par les nazis.
Assistante sociale, elle travaillait déjà avant la guerre auprès des familles juives pauvres de Varsovie, qui était alors la première métropole juive d'Europe. « J’ai toujours ressenti le besoin d’aider les autres » aimait-elle à dire.
Dès l'automne 1940, Irena Sendler a pris des risques considérables pour apporter de la nourriture, des vêtements ou des médicaments aux habitants du ghetto, que les occupants nazis avaient établit dans un quartier de la capitale. «C’était effrayant, sur 4 km², ils y avaient entassé quelques 450.000 personnes, je ne pouvais pas laisser faire ça».
Pendant la deuxième guerre mondiale, Irena demanda d’aller travailler dans le Ghetto de Varsovie, comme plombier - serrurier. Elle avait une motivation bien particulière : « je connaissais les plans d’extermination des nazis envers les juifs, j’étais allemande. J’utilisais alors tout ce qui était à ma portée pour cacher les enfants et les faire sortir. »
Lorsqu'elle marchait dans les rues du ghetto, Irena Sendler portait un brassard avec l'Etoile de David. « Je le faisais à la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l'attention sur moi».
Iréna a fait sortir clandestinement des enfants du ghetto qu'elle hébergeait dans des familles catholiques et des couvents.
Les enfants étaient cachés dans des valises, transportés par des pompiers ou des camions à ordures, ou simplement dissimulés sous les manteaux des personnes qui avaient le droit d'accès au ghetto, comme elle et son équipe d'assistantes sociales. Prête à tout pour sauver ces enfants, elle confia « J’avais un chien à l’arrière de mon véhicule que j’avais entraîné à aboyer quand les soldats allemands me contrôlait à l’entrée et à la sortie du ghetto ». Les soldats ne pouvaient alors rien contre le chien qui couvrait en fait le bruit que pouvaient faire les enfants.
Par précaution, elle notait soigneusement les noms des enfants et des familles sur des papiers qu'elle enterrait dans des bouteilles. « Ils sont enterrés derrière un arbre au fond de mon jardin, derrière ma maison. C’est mon travail de mémoire ».
Elle fut arrêtée en 1943. Au quartier général de la Gestapo, ses tortionnaires lui brisèrent les pieds et les jambes. Mais elle ne parla pas. Condamnée à mort, elle fut miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution par un officier allemand que la résistance polonaise avait réussi à corrompre. Irène a toujours pensé aux enfants dont elle s’occupait : « Au moment de ma libération, j’étais plus préoccupée par la santé des enfants que j’avais aidé que par la mienne ».
Une fois libérée, elle continua son combat clandestin sous une autre identité jusqu’à la libération. Après la guerre, « j’ai essayé de localiser tous les parents qui avaient pu survivre et tenté de les réunir mais la plupart avaient été gazés. Les enfants qui avaient été sauvés ont été placés dans des familles d’accueil ou adoptés ». Irène a ensuite travaillé dans la supervision des orphelinats et des maisons de retraite.
Irena Sendler est longtemps restée peu connue en Pologne, à l'image d'Oskar Schindler, qui est mort dans la pauvreté en Allemagne, avant que son action ne soit immortalisée au cinéma par Steven Spielberg. Cet anonymat ne lui déplaisait par car elle n’a jamais voulu « la moindre reconnaissance ».
Il fallut attendre 2007 pour que la Pologne lui rende un hommage solennel et propose son nom pour le Prix Nobel de la Paix. «Je n’ai pas été retenue mais j’étais déjà heureuse qu’on ait remarqué mon travail, bien que je n’ai pas aidé ces enfants pour être remerciée un jour. J’aurais pu en faire davantage.»
Cependant, le mémorial israélien de l'Holocauste, le Yad Vashem, lui avait décerné le titre de « Juste parmi les nations », réservé aux non juifs qui ont sauvé des juifs.
Pleine de modestie, elle a toujours pensé qu'elle n'était pas une héroïne. « Je continue d'avoir mauvaise conscience d'avoir fait si peu », disait-elle.
Et pourtant, nombreuses ont été les cérémonies qui lui rendirent hommage. Pendant l’une d’entres elles, Elzbieta Ficowska, une survivante qu’Irène avait sauvée tout bébé, avait lu une lettre de celle qu’elle appelait son «ange gardien»:
« J'appelle tous les gens de bonne volonté à l'amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de guerre, mais aussi en temps de paix », avait-elle dit.