12 Décembre 2012
C'est une exposition difficile à monter
Didier Ottinger, commissaire de l’exposition Edward Hopper au Grand Palais, a répondu simplement sur l’organisation d'un tel évènement.
D’où vient l’idée tardive d’une exposition Hopper à Paris ?
La résistance est longtemps venue d’une fausse idée qu’on se faisait de Hopper et du réalisme américain. Pour nous, l’art moderne américain commence avec l’exposition internationale Armory Show à New York en 1913, il n’y aurait pas d’art moderne américain avant cela. C’est regrettable d’avoir attendu aussi longtemps. Pourtant, cette idée circule à l’intérieur des musées français depuis une dizaine d’années. Le premier à s’y être intéressé était Germain Viatte. Il avait organisé en 1989 la première rétrospective Hopper en France, au musée Cantini de Marseille. Vint ensuite Werner Spieds, pour lequel j’avais commencé à constituer un dossier Hopper. En allant au Whitney Museum de New-York, je me suis alors aperçu que c’était une exposition extrêmement difficile à monter.
Quels obstacles avez-vous rencontrés?
D’abord, il y a une énorme pression sur Hopper, dont l’essentiel de l’œuvre est détenue par le Whitney, qui organise de nombreuses expositions à partir de ses œuvres, c’est donc son fond de commerce. L’autre grande difficulté tient à un seul fait, très méconnu : l’œuvre de Hopper est extrêmement réduite, et ça personne ne le sait, on le découvre à la faveur de l’exposition au Grand Palais. Son catalogue raisonné, qui va de 1925, quand Hopper se consacre enfin uniquement à la peinture, jusqu’à la fin de sa vie en 1967, représente seulement 100 toiles. Or ces 100 œuvres majeures sont réparties sur tout le territoire américain et sont les icônes locales. Il est donc très difficile pour les musées concernés de s’en séparer plusieurs mois.
Pour toutes ces raisons, quand la Réunion des musées nationaux m’a commandité une exposition Hopper au Grand palais, j’ai d’abord refusé !
Aviez vous des projets différents concernant l’art américain ?
Oui, je pensais qu’avant Hopper il y avait quelque chose à faire sur le réalisme américain. J’ai depuis toujours une vraie passion pour la culture américaine, que j’estime mal connue en France : on ignore complètement cette grande tradition du réalisme, pour moi le véritable génie américain. Il était important de présenter cette tradition ignorée d’où vient Hopper, qui commencerait avec Thomas Eakins au XIXe siècle et irait jusqu’à l’hyperréalisme des années 70. Une telle exposition nous aurait contraints à revoir complètement notre vision de l’art américain. Mais le projet a été refusé, et l’idée est revenue se concentrer sur Hopper. Il est quand même étonnant qu’on n’ait jamais montré à Paris cet artiste, un des piliers de l’art américain.