13 Décembre 2012
J’aime dialoguer avec les gens de mon quartier
Domicilié dans le seizième, Charles Villeneuve, figure emblématique de la télévision française, revient sur sa vie et ses endroits favoris du quartier. Anecdotes originales et simplicité de son quotidien : ce grand homme s’est livré avec sincérité.
Depuis quand habitez-vous dans le seizième arrondissement de Paris? Dans quel quartier ?
J’habite près de la porte d’Auteuil depuis février 1987. Le dernier immeuble quand on sort du boulevard Suchet.
Pourquoi ce quartier plutôt qu’un autre ?
J’habitais auparavant boulevard Exelmans. A l’époque, ma femme était la principale collaboratrice de Claude François qui était notre voisin. Elle dirigeait ses journaux et une partie de ses affaires concernant la presse. C’est maintenant pour moi un emplacement stratégique. Il est à proximité du village d’Auteuil avec tous les commerçants, il y a une ambiance assez paisible. Il est aussi au bord du périphérique, ce qui important pour ma carrière. Je suis en effet amené à beaucoup voyager, notamment au Proche et Moyen Orient, où je couvrais la plupart des conflits. Le Parc des Princes est tout près, un avantage pour moi qui suis un amateur de sport. J’ai d’ailleurs pratiqué le rugby pendant six ans dans le club de l’Institut d’études politiques. Puis j’ai fait partie du conseil d’administration du rugby club toulonnais.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans cet arrondissement ?
Le fait que je sois à proximité d’un îlot de verdure important, à savoir le Bois de Boulogne.
Le seizième peut-être vue comme un quartier de faste, qu’en pensez vous ?
Je ne suis qu’un journaliste, pas un milliardaire. Je ne ressens pas vraiment ce côté luxueux du seizième. Il y a quand même des endroits de richesse indéniable comme la Villa Montmorency. Même si je les côtoie, je ne les fréquente pas et je n’ai pas le sentiment de vivre dans le faste. Ce qu’on dit de mon quartier m’indiffère : on vit comme on veut.
Comment se passe une journée type dans votre quartier ?
Quand je travaille, je me lève très tôt puis je me rends au bureau. J’ai souvent des rendez vous professionnels dans le « triangle d’or ». Je reviens parfois déjeuner chez moi, je prends alors la rue d’Auteuil à pied. Notamment pour aller au marché d’Auteuil situé sur une petite place. J’apprécie en particulier les primeurs. Il y a un très bon cordonnier rue d’Auteuil que je fréquente régulièrement. J’aime aller me balader et parler un peu avec les commerçants. Pendant les vacances, je suis souvent au Bois pour faire du vélo. Sinon je m’entretiens au Ken Club près de chez moi. Le sport tient une grande place dans ma vie. Il faut avoir un « esprit sain dans un corps sain».
Quel est votre lieu favori du seizième?
Sans hésiter la rue d’Auteuil. C’est très compact, il y a toutes les caractéristiques d’un village avec le marché, les commerces, les cafés et surtout les fleuristes. Les commerçants sont très attachants. Grâce à mon métier et ma nature, j’aime répondre aux questions des gens et dialoguer avec eux. Ils m’apprennent beaucoup de choses.
Votre notoriété influe-t-elle sur vos rapports avec le voisinage ?
Je ne connais pas tellement les gens dans mon immeuble. Il y a beaucoup d’Anglo-saxons. C’est intéressant de les écouter et d’avoir leur avis, avec leur prisme particulier par rapport à la vie politique ou sociale française. Certains me posent des questions sur ce que je pense conflit en Afghanistan et le retrait des troupes ou sur le bras de fer en Syrie entre le président Bachar Al Assad et le peuple. On me reconnaît parfois dans la rue. C’est amusant car j’ai créé beaucoup d’émissions comme Le Droit de savoir, Appels d’urgence, 90’ enquête, 50 minutes Inside, mais ce que l’on retient le plus de moi, c’est mon passage à la présidence du Paris-Saint-Germain ou ma fonction de directeur général des sports à TF1. Cela intéresse plus que ma direction générale des magazines ou des opérations spéciales des grands évènements. Je suis toujours frappé par ça. Ce qui revient tout le temps c’est le foot, c’est une spécialité interplanétaire. C’est étonnant cette notoriété : jusqu’à Beyrouth, je rencontre des partisans du PSG.
Avez vous quelques anecdotes originales sur votre vie dans le quartier ?
Deux me viennent directement à l’esprit. La première est assez amusante. Je me suis fait arrêter, une fois par la police, car je téléphonais au volant, je pensais qu’on allait me retirer deux points. Mais pas du tout. Au lieu de ça les policiers m’ont félicité pour le transfert réussi de Claude Makelele, Ludovic Giuly ou encore Sessegnon.
La deuxième est plus étonnante. En 1982, je couvrais l’opération de l’armée israélienne « Paix en Galilée » à Beyrouth. Il y avait au milieu de la ville ce qu’on appelait « le ring », un bout d’autoroute qui n’avait pas fini d’être construit. Cette limite séparait la communauté chrétienne à l’Est de la communauté musulmane à l’Ouest. Il y avait, au bout de cette autoroute, un gratte-ciel dans lequel se cachaient des snipers. Ils tiraient sur les personnes qui tentaient de traverser cette ligne. Pour déceler s’ils étaient réveillés ou pas, on balançait des oranges. Si les snipers tiraient dessus alors on ne traversait pas. Plusieurs journalistes ont laissé leur vie en tentant d’apporter leur reportage à Beyrouth Est. Celle qui m’avait donné le tuyau des oranges était une jeune Palestinienne, traductrice pour Yasser Arafat. Un jour, alors que je feuilletais un livre dans la librairie de la rue d’Auteuil, une femme m’a interpellé : « Bonjour Charles, comment ça va ? ». C’était elle !
Article publié dans le supplément du journal du seizième arrondissement de novembre 2012: 16 Bis et en supplément du Figaro (distribué dans le seizième)
Crédit photo: Camille Hesse